Camillo Sbarbaro à l’honneur

Tschann Libraire 125 boulevard du Montparnasse, Paris

Giorgio Caproni voyait en Sbarbaro « un des moteurs les mieux cachés mais aussi les plus puissants du 20e siècle poétique italien ». Sa passion pour les lichens était si constante et si intense qu’on a fini par identifier sa poésie avec eux. Ils lui permettaient d’accomplir d’immenses voyages avec des moyens réduits : un scalpel minuscule, un petit marteau et une petite loupe de deux ou trois centimètres de diamètre, repliable sur elle-même et rangée dans une gaine de cuir. Mais le véritable instrument de Sbarbaro était ses yeux. D’une extrême acuité, ils voyaient ce que’autres regards ne voyaient pas et prêtaient attention aux formes négligées de l’existence. “Grâce au lichen, écrivait barbaro, il n’y a pas d’endroit où je me sente seul, car il n’y a pas d’endroit, aussi aride et désolé soit-il, dépourvu de présences pour moi : c’est un vivier qui exulte dans la chaleur des tropiques comme dans le gel polaire et qui, même évincé par l’homme, ne périt pas, mais émigre et, non loin de là, recommence à prospérer.”