Margit Rowell et Jean-Pierre Criqui

Tschann Libraire 125 boulevard du Montparnasse, Paris

Guggenheim Museum et MoMA à New York, Musée national d’Art moderne de Paris, Fondation Miró de Barcelone, Museo Reina Sofia de Madrid… Spécialisée dans l’art du XXe siècle, Margit Rowell est passée par ces établissements pour des périodes variables, à titre de conservatrice ou de commissaire d’exposition. Entre 1970 et 2005, elle a organisé une quarantaine de manifestations, soit monographiques (Miró, Dubuffet, Mondrian, Brancusi, Kupka…), soit thématiques (« The Planar Dimension », « L’art de l’avant-garde russe », « Qu’est-ce que la sculpture moderne ? »…), qui ont marqué leur temps. Mais en quoi au juste consiste le savoir-faire du conservateur ? Qu’est-ce qui caractérise cette profession charnière entre artistes, collectionneurs, galeries et public ?

À ces questions, l’autrice répond par l’exemple, dans un texte qui tient le milieu entre mémoires et collection d’études de cas. Museum Life est le récit vivant, à la fois subjectif et pondéré, d’un parcours qui ne prétend pas à l’exemplarité mais peut être considéré comme paradigmatique. Car l’expérience du conservateur d’art, nous dit Margit Rowell, est précisément au croisement de l’institutionnel et de l’informel : la connaissance systématique de l’œuvre sert de point de départ à une intuition nouvelle, l’approche muséale débouche sur des rencontres humaines, et un même espace, le musée, doit être réinventé à chaque exposition.
Naissance d’un projet d’exposition ; immersion systématique dans l’œuvre et dans les sources ; déplacements incessants pour se confronter aux œuvres, rencontrer les collectionneurs, les galeristes, les artistes et leurs proches ; émergence et affinement d’une nouvelle compréhension du sujet ; constitution du corpus, demandes et négociations de prêts, politiques d’achat ; accrochage et conception du catalogue ; ouverture au public ; réception de l’exposition, suites personnelles et professionnelles : en relatant sa carrière, l’autrice nous fait vivre chacun de ces moments stratégiques, toujours semblables et toujours différents dans la mesure où ils la placent face à des expériences artistiques singulières et à une multiplicité d’individus. Ce qui frappe dans ce livre, dont nombre de chapitres tournent pourtant autour d’un objectif unique (l’organisation d’une exposition), c’est la variété des épisodes rapportés, leur caractère haut en couleur. À mille lieues d’une existence confinée au white cube, le métier de conservateur nous apparaît non seulement comme une réinvention perpétuelle du regard, mais bien aussi comme un travail de terrain.